Tourisme durable : chassez le naturel, il revient au galop !

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Le débat sur le tourisme durable est de retour. Après des mois de crise, la profession aimerait passer au monde d’après qui est en fait celui d’avant la pandémie. Je ne sais pas si vous me suivez toujours… Il va falloir arrêter d’opposer tourisme et durable et biffer le “et” qui les sépare pour mieux les rapprocher. C’est sibyllin mais loin d’être une formule de style.

 

Tourisme durable : c’est globalement l’industrie du voyage qui doit prendre cette problématique à bras le corps. Oui, c’est elle qui qui devra porter cette métamorphose. Et qu’on le veuille ou non, elle n’y échappera pas./crédit DepositPhoto

Le compte rendu de TourMaG.com sur la conférence “Comment réenchanter les agences de voyages ?” qui se tenait à l’IFTM-Top Resa, a causé un certain émoi dans le Landerneau.

Et pour cause. On y a vu et entendu certains professionnels jeter par dessus les orties les principes mêmes de voyages plus respectueux de l’environnement.

S’en laver les mains au nom du principe qu’il ne fallait pas imposer au client ce qu’il devait acheter. Que ce n’était pas aux agents de voyages de faire en sorte que leurs clients adoptent un comportement plus respectueux… (sic)

C’est à se demander s’ils savent que Les Entreprises du Voyage a remonté une Commission sur le tourisme durable et soutien d’autres initiatives en la matière ?

Au plus fort de la pandémie, beaucoup de personnalités du secteur ont pris la plume pour expliquer pourquoi après la Covid-19 les choses ne seraient jamais plus comme avant.

Patatras ! La nature et le portefeuille ayant horreur du vide, le voyage dans le monde d’après risque de ressembler furieusement à celui du monde d’avant.

Tourisme durable : qui payera pour des voyages plus respectueux ?

Mais après des mois de pénurie, d’agences désertes, de visios désincarnées, de caisses vides, de chômage partiel, de vies ruinées (il y en a) peut-on vraiment leur en vouloir de regoûter au “paradis” perdu ?

Personnellement, je crois qu’il est tout à fait légitime au moment où le tourisme annonce un retour fracassant dans les résas, d’observer une trêve.

D’attendre que la profession se remplume et de ne pas opposer économie et écologie, ce qui serait une erreur historique. Les entreprises vertes et vert-ueuses gagnent davantage d’argent que les autres, c’est bien connu.

Ceci étant, il reste des questions de fond qu’il ne faudrait pas éluder et qui fâchent. Par exemple, qui va payer pour des voyages plus respectueux de l’environnement, moins impactants et prenant en compte toutes ces questions ?

Certes, les agences de voyage ne sont que des distributeurs. On pourrait donc légitimement penser que c’est aux producteurs, aux transporteurs et aux réceptifs de faire l’effort de garnir les rayons de leur boutiques avec des produits estampillés vert.

Mais ce serait aller un peu vite en besogne et oublier que la plupart des distributeurs organisent des voyages de Groupe, vendent du business travel et du voyage sur mesure qu’ils assemblent.

 

Environnement :responsabilité historique pour l’industrie

Compte tenu de ces éléments je dirais que c’est globalement l’industrie du voyage qui doit prendre cette problématique à bras le corps. Oui, c’est elle qui qui devra porter cette métamorphose. Et qu’on le veuille ou non, elle n’y échappera pas.

La pandémie et la gestion parfois catastrophique des rapatriements par les grandes plateformes en ligne ont ramené des clients internet vers les agences. Il serait dommage de rater une nouvelle fois la “réintermédiation” parce que nous ne serions pas prêts ou n’aurions pas compris les enjeux de demain ?

Je ne suis pas dupe de ce que cela représente. Le voyage est un mécanisme complexe, l’une des plus grandes industries de service au monde et dont la chaîne exige l’intervention de nombreux métiers et compétences.

La compagnie aérienne doit optimiser son trajet pour qu’il soit le moins impactant possible, le réceptif travailler dans le même esprit pour proposer au producteur des établissements et des excursions respectueux de l’environnement.

Mais il faut y ajouter d’autres paramètres pour changer la donne. Le partenariat avec les populations locales, les méthodes de production, les guidages et leurs modalités, les transferts…

 

Le dernier maillon de la chaîne entre l’industrie et le consommateur

La plupart des acteurs (producteurs, compagnies, croisiéristes…) ont déjà intégré la dimension du durable dans leurs stratégies et politiques d’investissement. Pas suffisamment ? Certes, on peut toujours faire mieux. Mais le mouvement est amorcé. Pourquoi n’en irai-t-il pas de même chez les distributeurs ?

Les agences de voyages, dernier maillon de la chaîne entre l’industrie et le consommateur, ont un rôle fondamental. Par leurs conseils et la confiance déposée par le client en leur expertise, elles sont à même de donner à ces derniers une véritable conscience écologique en matière de voyage durable.

De ce point de vue, elles portent une responsabilité historique. Prétendre que le consommateur n’a pas de conscience et ne s’inquiète nullement de l’impact et de l’empreinte de son voyage est un non-sens.

Le consommateur paye et donc il estime que c’est de votre responsabilité et non de la sienne de le conseiller au mieux de ses intérêts et de veiller à ce que toutes les cases soient remplies lors du contrat.

Vendre des voyages responsables cela ne signifie pas paupériser la relation avec votre client bien au contraire. Ce dernier sera agréablement surpris que vous lui fassiez prendre conscience d’éléments auquels il n’avait pas forcément pensé et qui sont aujourd’hui juste un pré-requis incontournable.

Le tourisme durable n’est pas un gadget, un effet de mode “pandémique” qui partira à vau-l’eau avec le coronavirus. Le durable est là pour durer… qu’on se le dise !


Source : Tourmag.com

Lien : https://www.tourmag.com/Tourisme-durable-chassez-le-naturel-il-revient-au-galop-_a110623.html

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